Au bonheur du jour




Le mois de mars 2012

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mardi le 6 mars

Où étais-je durant tout ce temps ? Totalement dans ma vie. En juillet dernier, je parlais d'elle comme d'un fleuve au long cours et, en ce qui me concerne personnellement, c'est encore et toujours vrai, bien que, entre temps, certains vents contraires aient soufflé et soient venus perturber la surface de l'eau. Mais absolument rien de grave, même si je me suis un peu frottée à une facette inconnue jusqu'ici et à laquelle j'aurai probablement à m'adapter, du moins en ce qui concerne certains inconvénients qui pourraient persister. De quoi me faire réaliser et apprécier encore plus les agréables périodes de brises légères.

Mais aussi, et surtout, dans un secteur tout à fait différent, ma vie a été imbriquée dans d'autres qui, elles, ont connu la tempête. Il y a quelques années, lorsque ma grande amie a été malade et est décédée, il y a eu une période durant laquelle mon quotidien a totalement été absorbé par sa vie à elle. Et malgré l'accord qu'elle m'avait donné à l'effet de pouvoir en parler ici, j'ai à un moment donné choisi le silence. J'étais dépassée par les événements qui me pesaient et mon journal devenait le sien, mais biaisé par mon regard sur les choses. Cela me semblait injuste, indiscret et totalement déplacé. Or, ce qui s'est passé durant les derniers mois est un peu du même ordre, même si en fait je n'étais que sur la deuxième ligne et parfois même sur la troisième. Mais comme j'aime profondément la personne la plus impliquée, qui a été merveilleuse durant les longs mois de la longue épreuve, et qui depuis reprend son souffle, j'ai essayé de la soutenir du mieux que j'ai pu, bien que les vents contraires du précédent paragraphe m'aient quand même, à mon grand regret, limitée à cet égard. Mais là aussi le calme revient et à quelques égards des pages se sont tournées. Quelques unes me concernent plus que je ne l'aurais pensé, mais curieusement, elles sont beaucoup plus apaisantes que je ne l'avais prévu. Certains visages et images qui me demeurent confirment que mon fleuve suit son cours et que si on avait pu penser qu'à une certaine époque il avait dévié, c'était pourtant le vrai chemin.

"Dans toute vie, quelles que soient la richesse, la liberté, on n'a jamais qu'une seule demeure : soi-même. Et ni les tourments, ni les désastres ni la gloire ne peuvent nous en chasser. La folie essaie, mais au contraire, elle nous y enferme encore plus. Seule la charité ouvre portes et fenêtres et agrandit cette maison, on construit soi-même avec soi-même et la charité, c'est l'accueil visible, désintéressé, du prochain." (Julien Green, à 97 ans, le 20 mars 1998, quelques mois avant sa mort)

mardi le 13 mars

Ce matin Mozart est là. Parce que, dehors, c'est le vent, la pluie verglaçante, la neige salie. Parce que je viens d'acheter, en ligne, la nouvelle version de mon w.ebexpert pour le rendre compatible avec la nouvelle version de W.indows 7, qu'exigeait le nouvel ordinateur. Et la seule et unique raison de ce nouveau w.ebexpert dans mon nouvel ordi, c'est ce journal... Donc, encore une fois je m'engage envers moi-même, financièrement et autrement. Je m'essaie une fois de plus à la constance à mon égard. Besoin de me regarder aller, de rester attentive à ma vie parce que j'ai l'impression qu'elle s'accélère, même dans une douce routine retrouvée qui a toutes les apparences de la tranquillité.

Il y a quelques jours, j'ai repris la route vers ma vieille dame à la mémoire presque disparue. Il y avait quelques mois que je ne l'avais fait, à cause des vents contraires. Je craignais tellement qu'elle ne me reconnaisse pas, comme on m'en avait prévenue, ce qui aurait été très possible compte tenu des circonstances. Ma crainte n'était pas de voir son regard vide, mais plutôt que quelque part en dedans d'elle il y ait eu, dans l'intervalle, la vague sensation d'avoir été abandonnée par quelqu'un qu'elle aimait, sans espoir de retour. Quelle joie ce fut pour moi de la voir s'illuminer et me dire, souriante, "Tu es venue..." Cependant, elle avait de le misère à me situer, confondant amitié et famille, lien de parenté, génération, etc. Je n'ai rien brusqué, rien corrigé, préférant m'inclure dans son monde à elle plutôt que de l'amener brusquement dans le mien. Ensemble nous avons regardé de vieilles photos, et lentement, à son rythme, le lien réel s'est recréé. J'en étais tellement soulagée et heureuse. Nous avons donc encore un sursis avant la tristesse de l'inévitable.

Bizarre l'impression que me fait le concerto pour clarinette. Il m'avait été offert, il y a de nombreuses années par un touriste Français de passage dans ma vie professionnelle, que j'avais aidé dans certaines démarches. Il m'avait beaucoup impressionné par sa bonté, son sérieux, sa profondeur. J'aurais aimé mieux et plus longtemps le connaître, à cause de certaines affinités que nous partagions. Il avait un côté austère mais lumineux. J'avais l'impression qu'il me tirait en avant dans mon évolution personnelle. De retour en France, il m'a écrit à quelques reprise, puis il a disparu. Il avait été au bon moment et au bon endroit dans ma vie. C'était bien avant Julien Green... ;-) Et je pense souvent à lui, en termes très positifs, notamment à chaque fois que j'écoute ce cd, dont je ne pourrais pas me défaire.

"Certaines personnes donnent l'impression d'être totalement vides. C'est d'autant plus triste qu'elles sont faites pour contenir un ciel étoilé, des forêts que hante le mystère de toute la race humaine. Il y a de quoi rêver à chaque pas, mais la demeure inhabitée se laisse engloutir par une mort stupide sans avoir connu le vertige de la vie. Je connais de ces âmes fauchées par le néant." (Julien Green, le 26 janvier 1997)









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