Au bonheur du jour




Le mois d'octobre 2009

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Aujourd'hui

samedi le 3 octobre

Je me sens comme Julien Green lorsqu'il ouvrait la première page d'un nouveau cahier. Souvent, il prenait la peine de le souligner, comme un passage, conscient que tout restait à écrire, donc que tout restait encore à vivre. En ce qui me concerne aujourd'hui, non seulement c'est la première entrée d'un nouveau mois, mais c'est aussi la première page chez un nouvel hébergeur, parce que l'original cessera définitivement ses activités dans les prochaines semaines. Cela signifie aussi que j'ai pris la résolution de continuer ce journal, dans sa forme originale, avec toutes ses archives, parce qu'il fait vraiment partie de ma vie, peu importe la fréquence avec laquelle je lui rends visite.

J'en suis à mon petit Bach quotidien, pour quelques minutes encore. Puis, je passerai à un autre compositeur. Quelque chose pour combattre aussi le très mauvais temps de ce samedi. Si j'achève d'écouter Bach, c'est parce que je le fais depuis déjà un bon moment déjà, puisque je m'affairais à quelques travaux techniques chez mon nouvel hébergeur, ce qui n'était vraiment pas évident pour moi... Et dire qu'un ami d'ailleurs a pour ainsi dire, à partir de chez lui au loin, déjà tout fait le travail de cuisine nécessaire pour moi qui ne serais jamais, mais jamais venue à bout de ce déménagement toute seule. Ce qui me causait problème ce matin, c'était tout simplement les changements techniques mensuels et leur mise en ligne qui sont légèrement différentes chez ce nouvel hébergeur. Et aussi, les avis à mettre à l'ancienne adresse. Cela ne m'en prend vraiment pas beaucoup pour me mélanger dans mes pinceaux. Ma fille, de passage chez moi pour la fin de semaine, s'amusait de me voir ainsi empêtrée. Pas question de lui demander conseil cependant puisque, bien qu'au courant depuis longtemps de l'existence de ce journal, elle n'en connaît ni le titre, ni rien d'autre de concret et je n'ai pas encore le goût de lui ouvrir cette porte. Mon site, c'est mon cahier à moi, comme les nombreux que je lui ai offerts et qu'elle a remplis durant des années et des années et qu'il ne me serait jamais venu à l'idée d'ouvrir. Elle y aura certainement accès un jour, à tout le moins quand je n'y serai plus.

Voilà, ma fille vient de quitter pour rejoindre une amie, et j'ai remplacé le disque de Bach par ... un autre disque de Bach. Je suis dans l'instant présent et je savoure. Pourtant que de choses à faire aujourd'hui, puisque nous recevrons, ce soir, d'autres amis de ma fille. J'ai déjà hâte parce que j'aime beaucoup ces gens que je connais depuis longtemps. Eux aussi font partie de ma vie et l'enrichissent à leur manière, même si ce n'est que par le biais. Tout apprécier, élargir le spectre, s'ouvrir à tout et le faire constamment, dans l'instant présent. Mais voilà, l'instant présent ne veut pas dire que je doive en ce moment restée rivée à mon ordinateur. Je puis aussi, dans l'instant présent, me rendre à ma cuisine. :-) Et puis, ce texte qui devient long et qui pourrait encore s'allonger, parce que je n'ai pas fini d'écrire tout ce que je veux dire aujourd'hui, comporte lui-même la menace de ne pas le mettre en ligne. Je décide donc que le fait d'en rester sur quelques points de suspension pourrait m'inciter à revenir, dès demain, parler d'autres sujets que j'aurais voulu aborder, comme cette rencontre de quelques heures avec un autre ami venu de loin, dont je lis, depuis les débuts, le journal en ligne depuis près de dix ans, qui était de passage dans ma ville, et puis aussi de la très vieille amie de maman avec qui j'ai eu un contact très spécial, etc. Et si en rester là, pour aujourd'hui, pouvait m'aider à avoir une meilleure constance dans mon journal. Voilà un truc à essayer. Mais c'est vrai que je n'ai pas trop le choix, sinon je vais manquer de temps dans mes préparatifs... :-)

"Je commence ici un nouveau cahier avec l'éternelle question : que vais-je y mettre et que va-t-on y lire d'ici les dernières pages ?" (Julien Green, le 20 avril 1993)

lundi le 19 octobre

Vendredi matin, j'ai vu une merveille : Quand le soleil est monté dans le ciel et qu'il a réchauffé le temps, il a fait lentement fondre la mince couche de givre qui, durant la nuit, avait recouvert les feuilles. Il semble que l'eau ainsi accumulée soit alors devenue trop lourde pour elles. Vers 9 h, comme si plusieurs arbres de ma rue s'étaient donné le mot, il s'est mis à neiger des feuilles : les grands peupliers en face de chez moi, mon beau bouleau blanc et quelques érables chez mes voisins (mais pas encore le mien cependant). Et tout ce que j'entendais, c'était de légers tics que chacune des feuilles faisait en se détachant des arbres et comme un très léger bruissement d'ailes quand, ensemble, elles virevoltaient légèrement vers le sol. Comme il n'y avait presque pas de vent, c'est donc un lent et gracieux ballet qui s'est déroulé sous mes yeux durant plusieurs, plusieurs minutes. Depuis toutes ces années que je demeure dans ma maison, j'ai remarqué qu'il y a toujours, à chaque automne, une journée particulière où les arbres se dénudent tout d'un coup, mais ce n'est pas à chaque fois que je suis témoin de ce merveilleux spectacle. Et celui de vendredi matin était particulièrement réussi, peut-être le plus beau que je n'aie jamais vu, et il m'a ravie. Julien Green, quand il était ému par la beauté d'un instant, se désolait souvent de ne pouvoir en rendre compte par ses mots. Alors, je n'ose même pas me hasarder à tenter de déplorer mon incompétence à cet égard...

Et ce matin, le soleil se fait particulièrement direct dans mon petit bureau, les branches dénudées ne le retenant plus prisonnier. Ma maison n'est jamais plus claire que durant les mois froids. La chaleur et la lumière du soleil alors qu'il fait froid, et la fraîcheur et l'ombre quand il fait chaud. Pour toutes sortes de raisons, j'ai eu le goût de Poulenc ce matin. J'ai fureté sur le net où j'ai vu le compositeur lui-même jouer un de ses concertos, puis j'ai sorti de ma discothèque ces même concertos, interprétés par François-René Duchable et Jean-Philippe Collard pour celui pour deux pianos et Duchable pour le concerto pour piano solo. C'est une musique magnifique, très nuancée, passant par toutes les gammes d'émotions et de sentiments, comme la vie. Mais elle convient tellement bien avec ce beau soleil. La mélodie du piano me fait penser que, dans un sens, je suis comme le piano dans ce concerto, ainsi que l'est chacun dans sa propre vie, un piano jouant un concerto. C'est-à-dire que, tout en jouant avec les autres, on se détache de l'ensemble, on a la responsabilité de se détacher de l'ensemble, d'assumer notre partition, la mélodie que l'on doit jouer pour la cohérence de l'oeuvre. Et dans la vie des autres, je deviens un instrument de l'orchestre qui accompagne pendant que chacun est pianiste dans son propre concerto. On n'est jamais seul, notre vie s'imbrique dans tellement d'autres, à des degrés divers, on échange, on interagit. Et on a la totale responsabilité d'assumer notre rôle et de livrer notre performance. Et cela à toutes les étapes, peu importe les atmosphères, que les mouvements soient lents ou animés, joyeux ou tristes, on doit continuer à jouer notre partition. Bon, je pense que c'est à tout le moins boiteux comme exemple, mais je ne sais pas trop comment exprimer cela.

Et puis, je ne sais d'ailleurs pas non plus pourquoi, cela me ramène à, il y a quelque temps, quand j'avais écouté Barbra Streisand durant des heures. Je me souviens que j'avais écrit à propos des choix qu'on fait dans la vie et j'étais restée sur des idées flottantes, que j'avais du mal à cerner. Je retrouve ces idées flottantes, avec le goût de découvrir, de soulever le voile pour y voir plus clair. Bon, je pense que mon exemple boiteux me permet quand même d'ajouter que, si je persiste à conserver l'image d'un concerto, je vois les musiciens qui faisaient partie des orchestres des divers événements marquants de ma vie. J'ai été choyée au niveau des musiciens. Même les mélodies les plus tristes et les plus difficiles ont été bien accompagnées et ont finalement donné un résultat cohérent. Et je ne dis rien des mélodies heureuses, sereines qui ont été plus nombreuses. Je suis reconnaissante pour tous ces musiciens, et je suis reconnaissante pour toutes ces mélodies. Bon, je n'avais pas prévu que cette entrée déboucherait sur ce genre de réflexion. Je pense que Poulenc y est pour quelque chose. :-)

Et dans cette entrée citée ci-haut, j'avais parlé des choix qu'on a à faire et j'avais emprunté l'image des différents chemins possibles. Quand je regarde en arrière et que je vois tous ces chemins, je ne puis dire autrement que certains sont, par moments, plus difficiles. Il faut apprendre à trouver son équilibre et son bonheur en s'ajustant constamment aux circonstances. Se servir de la boussole au dedans de soi pour s'assurer de garder le cap sur la destination, laisser venir et essayer de savourer. Ce soir, histoire de garder le cap, après un assez long détour, je vais me fier à ma boussole intérieure et emprunter un chemin particulier, bien enligné sur ma véritable destination.

"Le coup d'oeil qu'on jette en arrière au point où j'en suis permet de voir clair sur une bonne longueur de la route. J'ai plus d'une fois remarqué qu'aux endroits difficiles quelqu'un s'est toujours trouvé pour m'aider d'un conseil. Deux noms qui me reviennent le plus fidèlement à l'esprit excluent l'idée du hasard, mais que savons-nous du sens de notre vie ? " (Julien Green, 29 avril 1982)

dimanche le 25 octobre

Jeudi dernier, quand j'ai levé la toile de la fenêtre de ma chambre, tout était blanc et il neigeait encore à plein ciel. Ce sont plus de dix centimètres qui ont finalement tout recouvert durant cette journée. Je ne me souviens pas d'avoir vu autant de neige aussi tôt, au point que la Ville a même fait passer la gratte pour dégager la rue et faciliter la circulation. C'est vrai qu'à peu près personne n'a encore fait poser les pneus d'hiver sur les automobiles. Vendredi, le soleil était magnifique et il faisait briller tout ce blanc. Les branches de mes deux épinettes ployaient sous la neige. Tôt le matin, j'ai pris quelques photos, voulant conserver un souvenir concret de cette neige hâtive alors que beaucoup d'arbres sont encore chargés de leurs feuilles, dont mon érable. Sauf un de mes sorbiers, dont je crains que ce ne soit le dernier hiver, tous mes autres arbres vont bien. L'autre jour, alors que j'étais tout à côté de la plus jeune de mes deux épinettes blanches, j'ai levé les yeux vers sa cime. Elle a encore tellement grandi et grossi durant l'été que j'en fus surprise. Encore quelques années seulement et elle pourrait être aussi haute que les grands peupliers en face de chez moi. Il me semble pourtant que c'était hier qu'on parvenait encore à la décorer de lumières à l'occasion de Noël. Je lui suis vraiment très attachée elle qui maintenant déploie de longues branches et se fait si hospitalière pour les oiseaux.

Je veux me souvenir de ce matin et du bonheur que j'ai ressenti. Dans la mouvance de nos vies, il y a des lieux où la constance se manifeste d'une manière particulière.

Ce soir, vers l'heure du repas, alors que des reflets détournés du soleil mettaient des touches de lumières un peu partout dans le jour qui descendait, j'ai eu le goût d'une longue promenade dans l'air froid. Plus de traces de la neige, de nouveau je marchais dans les feuilles, en resserrant ma cape d'Alpaca sur moi. J'étais confortable aussi dans mes nouveaux souliers de marche dont pourtant je doutais un peu à l'achat. Heureusement que je me suis finalement laissée convaincre par le vendeur. Tout en avançant et en regardant autour de moi, je pensais que la seule chose que je regrette dans mon environnement immédiat, c'est cette incapacité de voir les couchers de soleil autrement que par leurs effets indirects, les nombreux arbres nous bloquant la vue à cet égard. Ce soir, je n'apercevais les beaux reflets rosés que sur quelques petits nuages et sur la cime des plus hauts arbres. Quand, la noirceur venue, j'ai finalement pris le chemin du retour, la demi-lune était particulièrement claire dans le ciel dégagé et dans l'air froid. J'ai ralenti le pas pour savourer à fond et j'ai eu le goût de prolonger ma promenade. Mais, repassant près de chez moi, j'ai aperçu Jasmine, la tête entre deux rideaux, qui faisait le guet sur le dossier d'une causeuse. J'ai éclaté de rire et je suis rentrée dans la chaleur de ma maison qui me semblait si accueillante.









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